Du masculin singulier au féminin pluriel (Dr Claude CAMPAGNE)
Dans un monde en pleine mutation, la médecine générale est certainement un des exercices professionnels qui a, et qui continuera à subir d’importantes transformations. Vous êtes à la charnière de tous ces bouleversements, et même si vous avez dû en essuyer parfois douloureusement les plâtres, vous serez certainement aussi les premiers à en retirer les bénéfices. Bien sûr, il y a eu l’E.N.C (examen national classant) en 2004, le D.E.S de médecine générale depuis la rentrée, l’apparition des D.E.S.C qui offrent des passerelles vers d’autres spécialités, mais aussi et surtout une transformation totale des modes d’exercices et des aspirations qui sont les vôtres maintenant. La première de ces mutations, nous la devons, je pense, à l’arrivée de toutes ces jeunes femmes sur les bancs de la faculté de médecine, qui ont transformé et adouci nos mœurs," la médecine est devenue féminine". Professionnelles jusqu’au bout des ongles, elles veulent rester femmes et mères, et refusent de sacrifier leur vie familiale. Cet esprit, elles l’ont transmis à leurs confrères masculins qui, s’ils acceptent toujours l’idée de vocation, refusent désormais celle de sacerdoce. La deuxième de ces mutations est la transformation du mode d’exercice, de moins en moins solitaire, l’exercice devient pluriel avec des regroupements divers, société civile de moyen (S.C.M), société civile professionnelle (S.C.P), société d’exercice libéral (S.C.L), car exercer seul apparaît de moins en moins envisageable si l’on veut conserver une certaine qualité de vie , aussi bien familiale que professionnelle. Rajoutez le "Papy Boom", avec le départ massif à la retraite de nombreux médecins qui va entraîner une désertification médicale dans de nombreux villages et cantons. Enfin, le vieillissement de la population, les pathologies émergentes, la raréfaction de nombreuses spécialités, la médicalisation croissante de la vie quotidienne et les bouleversements qu’apportent les nouvelles technologies font que la Médecine en général, et la Médecine Générale en particulier sera soumise à de nombreux bouleversements. Cette mouvance oriente la pratique vers une activité "libérale-salariée", avec des vacations hospitalières, des vacations en maison de retraite, des vacations d’enseignements (mise en place d’une filière universitaire de Médecine Générale), etc... De plus, l’arrivée dans les cabinets médicaux de stagiaires, d’internes de différents niveaux, de collaborateurs (dont le statut reconnu par le conseil de l’ordre est en attente de publication au bulletin officiel) s’ajoute à cette dynamique d’évolution. Enfin d’autres formes d’exercices restent à imaginer et à mettre en place afin que ce métier si particulier et si passionnant mais aussi si prenant, devienne un lieu d’épanouissement professionnel et familial. Je vous souhaite à tous d’être imaginatifs, passionnés, iconoclastes s’il le faut ; sortez des sentiers battus, mais continuez à faire vivre cette Médecine Générale. Elle est et doit rester un métier passionnant. Nous comptons sur vous, bon courage à toutes et à tous. Dr Claude Campagne, coordonnateur du DES de Médecine Générale,